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Méditations sur les enseignements bibliques pour le quotidien d'aujourd'hui

Pourquoi Vatican II - Les réponses proposées par le concile

Les réponses proposées par Vatican II aux catholiques, aux chrétiens et au monde

 

Nous avons vu que Jean XXIII était un pasteur et un diplomate de carrière. Quand il met en branle la « machine conciliaire », il engage l’Église, une Église fermée sur elle-même, sur la voie du dialogue : à l’intérieur d’elle-même, avec les frères séparés d’Orient et de la Réforme, avec les Juifs (les ancêtres des chrétiens dans la foi), avec les autres religions, avec ceux qui n’ont aucune croyance religieuse et qui se montrent indifférents à son égard, avec les États sécularisés, avec le monde scientifique, même  avec ses ennemis: les athées et les gouvernements communistes qui persécutent ceux de ses enfants vivant sous leur joug. Jean XXIII comme diplomate a expérimenté le pouvoir du dialogue, un processus qui, bien que plus long et complexe, s’avère plus efficace et expose à moins de dommages collatéraux que la guerre et la condamnation. À preuve, son refus de condamner le communisme, a ouvert des portes qui étaient jusque-là closes, obtenant entre autres choses la participation de deux observateurs de l’Église orthodoxe russe au concile et la libération du cardinal Slipyi de la déportation et son exil à Rome. Moins connu est le rôle décisif que Jean XXIII semble avoir joué dans le règlement pacifique de la crise des missiles de Cuba tel qu’évoqué par Khrouchtchev dans une rencontre avec Norman Cousins le 13 décembre 1963  et rapporté par ce dernier : « Revenant à la crise des missiles, il rappela : "l'appel du Pape fut un vrai rayon de lumière. Je lui en fus reconnaissant. Croyez-moi, ce fut un moment dangereux" »[1]. On a imputé un rôle clé à Jean-Paul II dans la chute de l’Union Soviétique et du pacte de Varsovie, mais on peut penser que cela n’aurait pas été possible sans l’ouverture préalable du dialogue par Jean XXIII.

 

On a dit que l’Église s’est ouverte au monde par ce concile. En retour, Jean XXIII espère que le monde s’ouvre à son tour à l’enseignement de l’Église : « Les lumières de ce Concile seront pour l'Église, Nous l'espérons, une source d'enrichissement spirituel. Après avoir puisé en lui de nouvelles énergies, elle regardera sans crainte vers l'avenir. En effet, lorsque auront été apportées les corrections qui s'imposent et grâce à l'instauration d'une sage coopération mutuelle, l'Église fera en sorte que les hommes, les familles, les nations tournent réellement leurs esprits vers les choses d'en-haut. »[2] Pour y parvenir, « Il faut que cette doctrine certaine et immuable, qui doit être respectée fidèlement, soit approfondie et présentée de la façon qui répond aux exigences de notre époque » et le pape de poursuivre en faisant la distinction entre le dépôt immuable de la foi et la forme sous laquelle la vérité révélée est présentée sur laquelle devra se pencher le concile : « En effet, autre est le dépôt lui-même de la foi, c'est-à-dire les vérités contenues dans notre vénérable doctrine, et autre est la forme sous laquelle ces vérités sont énoncées, en leur conservant toutefois le même sens et la même portée. Il faudra attacher beaucoup d'importance à cette forme et travailler patiemment, s'il le faut, à son élaboration; et on devra recourir à une façon de présenter qui correspond mieux à un enseignement de caractère surtout pastoral. »[3] Tel était l’aggiornamento, la mise à jour, que Jean XXIII espérait de la part du concile.

 

Le chapitre 8 du discours inaugural du concile s’intitule « Faire grandir l’unité de la famille chrétienne et humaine »[4]. C’est là un souci du concile mais aussi une préoccupation personnelle de Jean XXIII. Cela s’est manifesté dans la manière dont il a dirigé les travaux du concile dans la phase antépréparatoire et la première session. Certains peuvent se demander pourquoi, si le pape voulait (selon ses paroles) faire entrer « de l’air frais dans l’Église »[5], avoir confié l’organisation de cette phase aux éléments les plus réfractaires au changement et avoir mis à la tête des dix commissions en charge des travaux les membres de la Curie ? L’opposition au changement tire généralement son origine de la peur. En impliquant les éléments les plus conservateurs dans le processus conciliaire dès ses débuts, Jean XXIII faisait le pari que, bien que cela puisse freiner la rapidité de la progression des travaux dans le sens où il l’espérait, cela faciliterait l’adhésion de ceux-ci au résultat final. D’autre part, il n’a pas hésité après l’ouverture du concile à appuyer au moment opportun les « agents de changement », quitte même à passer outre aux règlements conciliaires. Jean XXIII un concile qui rassemble dans l’Église mais également à l’extérieur de celle-ci. À cette fin, le geste le plus significatif qu’il ait posé a été la création du Secrétariat pour l’unité de chrétiens le 5 juin 1960 à la tête duquel il a mis le cardinal Bea. « Le 22 octobre, soit onze jours après l'ouverture du Concile, Jean XXIII éleva le secrétariat pour l'Unité des chrétiens au rang de commission. Le nouveau statut de l'organisme lui conférait le droit de présenter des schémas, et de les corriger au cours de l'Assemblée Générale. Son rôle devait devenir décisif. »[6] Ces gestes posés par Jean XXIII ont permis de « garantir », d’une certaine manière, par le droit de regard du Secrétariat sur les travaux du concile, que ceux-ci ne prennent pas une direction qui creuse davantage le fossé qui séparait l’Église des autre frères chrétiens. On notera enfin, l’ouverture historique du concile envers les Juifs.

 

[1] G. ALBERIGO, Histoire du concile Vatican II,  t. 2, La formation de la conscience conciliaire,  Cerf, Paris, 1998, p. 128.

[2] JEAN XXIII, Gaudet Mater Ecclesia, Allocution inaugurale du concile, 11 octobre 1962, ch. 3.

[3] Ibid. ch. 6

[4] Ibid. ch. 8

[5] R. DE MATTEI, Vatican II, Une histoire à écrire, Muller Éditions, 2013, p. 167.

[6] R. DE MATTEI, Vatican II, Une histoire à écrire, Muller Éditions, 2013, p. 95.

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