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Méditations sur les enseignements bibliques pour le quotidien d'aujourd'hui

Défi éthique de la gouvernance - La rémunération

La rémunération

Put your money where your mouth is disent les anglophones pour exprimer qu’il faut exprimer par nos actes ce en quoi nous croyons. L’acte le plus significatif dans la relation supérieur-subordonné dans une société capitaliste est celui de la fixation de la rémunération, c’est celui sur lequel repose la crédibilité de tout l’ensemble.

Qu’est-ce qu’un juste salaire ? Le Catéchisme de l’Église Catholique donne les indications suivantes :

Le juste salaire est le fruit légitime du travail. Le refuser ou le retenir, peut constituer une grave injustice (cf. Lv 19, 13 ; Dt 24, 14-15 ; Jc 5, 4). Pour apprécier la rémunération équitable, il faut tenir compte à la fois des besoins et des contributions de chacun. " Compte tenu des fonctions et de la productivité, de la situation de l’entreprise et du bien commun, la rémunération du travail doit assurer à l’homme et aux siens les  ressources nécessaires à une vie digne sur le plan matériel, social, culturel et spirituel " (GS 67, § 2). L’accord des parties n’est pas suffisant pour justifier moralement le montant du salaire.[1]

Comment cela se traduit-il dans la réalité quotidienne ? D’abord, il faut noter que ce sont des fonctions qui sont rémunérées. Aussi, par souci d’équité, tous ceux et celles qui occupent des fonctions comportant des exigences similaires (de responsabilité, d’effort physique, de formation professionnelle…) devraient jouir de la même rémunération. Si l’expérience joue un rôle déterminant dans la productivité, on prévoira une progression avec les années d’ancienneté jusqu’à la pleine maîtrise de la fonction occupée.

Plus délicate se veut l’opération de reconnaître l’apport spécifique particulier de certains employés qui ont contribué de manière exceptionnelle à la productivité de l’entreprise. La règle principale veut que cette contribution soit reconnue par un bonus qui soit déboursé en un ou plusieurs versements mais jamais incluse dans la rémunération de base en raison du fardeau que cela viendrait à faire peser sur les épaules de celui qui en est le récipiendaire de devoir répéter année après année un rendement supérieur qu’il ne sera peut-être pas toujours en mesure de répéter.  Toujours en ce qui concerne les bonis, on cherchera autant que possible à accorder des bonis de groupe de préférence à des bonis individuels, de façon à préserver les relations entre subordonnés et à reconnaître la contribution de chacun à une performance qui dépasse les normes. Ainsi un employé peut avoir une bonne idée pour améliorer les opérations de son secteur mais il ne faut pas oublier l’apport des collègues dont cela affecte le travail et qui se révèle tout aussi important, sinon plus, ce qui serait par conséquent injuste et qui, en plus, risque de compromettre le succès du projet par manque d’enthousiasme de ceux à qui il reviendra de l’implanter.

Quand on parle de juste rémunération, on est incliné à penser en termes de minimum acceptable. Or, une rémunération trop élevée eu égard à la prestation des services rendus peut se révéler tout aussi dommageable tant pour l’entreprise dont cela compromet la compétitivité que pour le récipiendaire lui-même, le principal effet pervers d’une rémunération trop généreuse étant de priver le bénéficiaire de sa liberté, une liberté inaliénable au cœur de la dignité humaine et que Dieu lui-même respecte, dans ce cas précis la liberté d’aller travailler ailleurs qui ne pourrait se faire sans baisse appréciable du salaire et rend pour certains le pas à faire hors de portée. Toujours, dans le cas de rémunération qui excède largement les normes, il existe des entreprises qui vont jusqu’à payer deux à trois fois le salaire normal pour certains postes mais qui attendent en retour une disponibilité totale 24 heures sur 24 et sept jours sur sept de ceux qui en sont les bénéficiaires. Aussi alléchant que cela puisse paraître, ce genre d’offre est contraire à la dignité de la personne et à une éthique chrétienne du travail pour qui les moments de repos, notamment celui du dimanche, sont sacrés : « Au septième jour, Dieu chôma après tout l'ouvrage qu'il avait fait »[2] : les hommes aussi, créés à son image, doivent jouir d'un repos et d'un temps libre suffisants qui leur permettent de s'occuper de leur vie familiale, culturelle, sociale et religieuse. »[3] Aussi, afin de préserver la liberté et la dignité des personnes, la rémunération ne devrait-elle pas excéder le 65e percentile de ce qui est payé pour des fonctions similaires dans le secteur géographique où se situe l’entreprise.

Enfin, on notera qu’il existe plusieurs pièges à la rémunération et qu’il faut veiller à ce que celle-ci incite ceux qui en sont bénéficiaires à adopter des comportements conformes aux valeurs et objectifs de l’entreprise et qu’il arrive souvent qu’un incitatif ait des effets pervers. À titre d’exemple, toute rémunération se fondant sur le volume produit doit-elle être accompagnée de normes de qualité à atteindre sans quoi il y a risque de mettre sur le marché des produits et services non conformes et causer un tort irréparable à l’entreprise. De nos jours, la rémunération des dirigeants est elle-même orientée vers l’atteinte d’objectifs immédiats et il faut un grand sens de l’éthique à ces derniers pour ne pas sacrifier le succès à long terme de l’organisation au détriment d’une alléchante rémunération à court terme.

 

 

 

[1] Catéchisme de l’Église catholique, 2434

[2] Gn 2, 2

[3] Conseil pontifical « Justice et paix », Compendium de la doctrine sociale de l’Église, 284

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