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Méditations sur les enseignements bibliques pour le quotidien d'aujourd'hui

Judas

 

 

Judas

 

« Levez-vous! Allons! Voici tout proche celui qui me livre. » Comme il parlait encore, voici Judas, l'un des Douze, et avec lui une bande nombreuse armée de glaives et de bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens du peuple. Or le traître leur avait donné ce signe: "Celui à qui je donnerai un baiser, c'est lui; arrêtez-le." Et aussitôt il s'approcha de Jésus en disant: "Salut, Rabbi", et il lui donna un baiser. Mais Jésus lui dit: "Ami, fais ta besogne." Alors, s'avançant, ils mirent la main sur Jésus et l'arrêtèrent.

 

Matthieu 26, 46-50

 

 

Judas n’a pas trahi Jésus sur un coup de tête. Il s’agit ici de l’aboutissement d’un long processus. De fait, il y a longtemps que Judas doute de Jésus. Son cœur est partagé. Il s’affiche comme l’un des Douze mais de toute évidence ne croit pas que la mission du Messie est de soulager les pauvres et les miséreux mais partage vraisemblablement  la vision de ceux qui espèrent le chef qui assurera à Israël une domination politique et militaire. À preuve, il n’hésite pas à utiliser à des fins personnelles l’argent destiné aux bonnes œuvres, pire encore, il reproche à d’autres de ne pas y contribuer autant qu’ils ne le pourraient : « Mais Judas l'Iscariote, l'un de ses disciples, celui qui allait le livrer, dit: "Pourquoi ce parfum n'a-t-il pas été vendu 300 deniers qu'on aurait donnés à des pauvres?" Mais il dit cela non par souci des pauvres, mais parce qu'il était voleur et que, tenant la bourse, il dérobait ce qu'on y mettait » (Jn 12, 4-6). On voit déjà se profiler la duplicité de celui qui, sous le couvert d’un geste d’amitié, un baiser, va livrer son maître. À Judas s’adressent éminemment cette mise en garde de Jésus au sujet de l’argent :

 

Faites-vous, des amis avec l'Argent trompeur, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. Celui qui est digne de confiance dans une toute petite affaire est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est trompeur dans une petite affaire est trompeur aussi dans une grande. Si vous n'avez pas été dignes de confiance avec l'Argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable ? Et si vous n'avez pas été dignes de confiance pour des biens étrangers, le vôtre, qui vous le donnera ? Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera le premier, et aimera le second ; ou bien il s'attachera au premier, et méprisera le second. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'Argent… ce qui est prestigieux chez les hommes est une chose abominable aux yeux de Dieu.  (Lc 16, 9-15).

 

Judas est un lâche. Jean rapporte un épisode où il aurait eu l’opportunité de quitter Jésus alors que beaucoup de disciples l’abandonnèrent et que Jésus laisse libre les Douze de faire de même. Mais Judas, reste près de Jésus, probablement plus par intérêt personnel, pour l’argent et le prestige qu’il peut tirer de sa situation, que par conviction à proprement parler :

 

Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. Mais il en est parmi vous qui ne croient pas." Jésus savait en effet dès le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas et qui était celui qui le livrerait. Et il disait: "Voilà pourquoi je vous ai dit que nul ne peut venir à moi, si cela ne lui est donné par le Père." Dès lors, beaucoup de ses disciples se retirèrent, et ils n'allaient plus avec lui. Jésus dit alors aux Douze: "Voulez-vous partir, vous aussi?" Simon-Pierre lui répondit: "Seigneur, à qui irons-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle. Nous, nous croyons, et nous avons reconnu que tu es le Saint de Dieu." Jésus leur répondit: "N'est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous, les Douze? Et l'un d'entre vous est un démon." Il parlait de Judas, fils de Simon Iscariote; c'est lui en effet qui devait le livrer, lui, l'un des Douze. (Jn 6, 63-71).

 

Dès ce moment, il est clair que Judas ne croyait plus en Jésus mais, contrairement à ceux qui ont eu le courage de leurs convictions et ont quitté, Judas lui est resté sans croire. Cette lâcheté se confirmera lorsque, considérant qu’il ne pouvait vivre avec les conséquences de ses actes il s'en ira se pendre (Mt 27,5), s’enlever la vie étant le mot dernier de la lâcheté, le suicidé laissant aux autres le soin de se débrouiller avec le gâchis qu’il a lui-même provoqué et y ajoutant au surplus le trouble causé par sa disparition.

 

Judas fomente le projet de livrer Jésus après l’épisode où il se fait remettre à sa place par Jésus pour avoir critiqué le geste de la femme qui avait versé un parfum de grand prix sur la tête de Jésus : « Judas Iscarioth, l'un des Douze, s'en alla auprès des grands prêtres pour le leur livrer. À cette nouvelle ils se réjouirent et ils promirent de lui donner de l'argent. Et il cherchait une occasion favorable pour le livrer » (Mc 14, 10-11). Que ce soit pour avoir été contredit, par dépit d’avoir vu une grosse somme lui échapper ou encore par peur d’être démasqué comme voleur, Judas décide de s’allier aux ennemis de Jésus. À ce moment, il avait déjà péché car projeter faire le mal c’est déjà l’avoir accompli : « Vous avez entendu qu'il a été dit: Tu ne commettras pas l'adultère. Eh bien! moi je vous dis: Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis, dans son cœur, l'adultère avec elle » (Mt 5, 27-28).

 

Une étape décisive est franchie lorsque Judas, en état de péché (mortel), accepte la bouchée offerte par Jésus : « Jésus répond: "C'est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper (qui me livrera)." Trempant alors la bouchée, il la prend et la donne à Judas, fils de Simon Iscariote. Après la bouchée, alors Satan entra en lui » (Jn 13, 26-27). Se fondant sur ce fait rapporté par Jean, l’Église exclut-elle de la communion eucharistique ceux qu’elle ne croit pas avoir les dispositions nécessaires pour la recevoir, non pour le condamner mais par sollicitude envers eux de peur qu’ils ne voient empirer leur situation comme Judas.

 

Malgré que le sort de Judas semble scellé, Jésus ne s’adresse pas moins encore à lui comme « Ami » alors que celui-ci vient le livrer. Malgré qu’il ait mis son plan malveillant à exécution, Jésus accueille encore Judas en ami. Tout n’était donc pas encore perdu pour lui ! Il pouvait encore comme Pierre reconnaître sa faute et obtenir le pardon de la divine miséricorde mais il n’en a rien fait, à tout le moins jusqu’à ce qu’il pose le geste de s’enlever l’existence. Qui sait, s’il n’a pas, au moment ultime, avant de rendre le dernier souffle, accueilli le pardon offert et évité la perdition éternelle ?

 

Si la porte est toujours ouverte du côté de Dieu pour accueillir un éventuel repentir du pécheur, il en va autrement de l’Ennemi et de ses coopérateurs qui feront tout pour empêcher celui qui est tombé de revenir en arrière : « Alors Judas, qui l'avait livré, voyant qu'il avait été condamné, fut pris de remords et rapporta les 30 pièces d'argent aux grands prêtres et aux anciens: "J'ai péché, dit-il, en livrant un sang innocent." Mais ils dirent: "Que nous importe? À toi de voir." » (Mt 27, 3-4). L’Accusateur ne manque sûrement pas de rappeler à Judas qu’il est la cause de la mort d’un innocent et en ennemi de la Vie lui suggère sûrement qu’il n’y a pas d’autre façon de mettre fin à son tourment que de mettre fin à son existence. Et Judas de préférer la mort à la Vie.

 

C’est une bien triste et sombre histoire que celle de Judas et de sa trahison. Cette histoire c’est aussi la nôtre nous laisse entendre Sergio Stevan dans son livre Judas, le mystère de la trahison :

 

En effet, il y a en chacun de nous — nous devons le confesser humblement — un peu de Judas : un désir de Dieu et un lien tenace avec le monde; un désir de beauté, qui permet de pressentir le visage même de Dieu, et un abandon quotidien à la médiocrité, qui nous couvre de poussière, voire de boue ; une perception du parfum d’infini du véritable amour, et une tentation constante d’y substituer l’odeur âcre de l’égoïsme instinctif ; une soif du bien et une expérience lancinante du mal.

 

Quelles leçons tirer de l’aventure de Judas ? La proximité physique de Dieu et l’apparence de justice ne suffisent pas : Ce peuple m'honore des lèvres; mais leur cœur est loin de moi  (Mc 7, 6). On ne peut vivre dans deux camps à la fois : il faut choisir. On ne peut prétendre être ami de Dieu et se soustraire à ses préceptes tels qu’énoncés dans les écrits sacrés. Le refus de choisir l’Amour, c’est s’engager dans une voie bien dangereuse. Le jugement que porte Judas sur la femme ayant versé le parfum démontre son manque d’amour du prochain et le condamne lui-même. D’un manquement à l’amour à un autre le cœur s’endurcit au point de ne pas s’aimer suffisamment soi-même pour maintenir son existence. L’histoire de Judas c’est la tragique spirale du non-amour qui conduit à la mort.

 

La bonne nouvelle c’est que la spirale du non-amour peut être stoppée en tout moment. C’est ce qui rend cette histoire est pleine d’espérance car jusqu’à la toute fin Jésus persiste à appeler Judas ami, ce qui laisse entendre que Judas n’aurait eu qu’à confesser ses fautes et qu’il aurait été pardonné tout comme Pierre l’a été. Il lui était possible jusqu’au tout dernier moment de se laisser aimer par Jésus et ainsi d’accéder au salut. Nous éloignons-nous de Dieu, nous devons refuser de nous laisser aller au désespoir et nous rappeler que Jésus nous appelle toujours amis et qu’aussi dramatique que puisse paraître notre situation, Dieu est toujours prêt à pardonner. À nous d’accueillir cet Amour qui a été jusqu’à mourir sur une croix pour racheter toutes nos trahisons, pour peu que nous consentions à le laisser agir en nous.

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