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Méditations sur les enseignements bibliques pour le quotidien d'aujourd'hui

C'est votre intérêt que je parte

 

 

C’est votre intérêt que je parte

 

« Je m'en vais maintenant auprès de celui qui m'a envoyé, et aucun de vous ne me demande : 'Où vas-tu?' Mais, parce que je vous ai parlé ainsi, votre cœur est plein de tristesse. Pourtant, je vous dis la vérité : c'est votre intérêt que je parte, car, si je ne m'en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l'enverrai. Et lui, une fois venu, il établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement : de péché, parce qu'ils ne croient pas en moi; de justice, parce que je vais vers le Père et que vous ne me verrez plus; de jugement, parce que le Prince de ce monde est jugé»  

 

Jean 16, 5-11

 

 

La meilleure explication que je connaisse de ce texte se retrouve dans la lettre encyclique Dominum et vivificantem écrite par Jean-Paul II. Aussi me limiterai-je à en reproduire les extraits qui permettent de comprendre ces versets de l’évangile de Jean :

 

            3. Le don que Dieu fait de lui-même dans l'Esprit Saint pour le salut

 

11. Le discours d'adieu du Christ au cours du repas pascal se rattache particulièrement à ce «don» et à ce «don de soi» de l'Esprit Saint. Dans l'Évangile de Jean se dévoile, pour ainsi dire, la «logique» la plus profonde du mystère salvifique inclus dans le dessein éternel de Dieu, comme extension de la communion ineffable du Père, du Fils et de l'Esprit Saint. C'est la «logique» divine qui, à partir du mystère de la Trinité, conduit au mystère de la Rédemption du monde en Jésus Christ. La Rédemption accomplie par le Fils dans le cadre de l'histoire terrestre de l'homme, accomplie en son «départ» par la Croix et par la Résurrection, se trouve en même temps transmise, dans toute sa puissance salvifique, à l'Esprit Saint, celui qui «recevra de mon bien»40. Les paroles du texte johannique montrent que, selon le plan divin, le «départ» du Christ est une condition indispensable pour l'«envoi» et la venue de l'Esprit Saint, mais elles disent aussi que commence alors le nouveau don que Dieu fait de lui-même dans l'Esprit Saint pour le salut.

 

12. C'est un nouveau commencement par rapport au premier commencement, à l'origine du don que Dieu a fait de lui-même pour le salut, qui s'identifie avec le mystère même de la création. Voici ce que nous lisons dès les premiers mots du Livre de la Genèse: «Au commencement Dieu créa le ciel et la terre..., et l'esprit de Dieu (ruah Elohim) planait sur les eaux»41. Ce concept biblique de création comporte non seulement l'appel à l'existence de l'être même du cosmos, c'est-à-dire le don de l'existence, mais aussi la présence de l'Esprit de Dieu dans la création, c'est-à-dire le commencement du don que Dieu fait de lui-même pour leur salut aux choses qu'il a créées. Cela vaut avant tout pour l'homme, qui a été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu: «Faisons l'homme à notre image, comme notre ressemblance»42. «Faisons»: peut-on considérer que le pluriel, employé ici par le Créateur en parlant de lui-même, suggère déjà en quelque façon le mystère trinitaire, la présence de la Trinité dans l'œuvre de la création de l'homme? Le lecteur chrétien qui connaît déjà la révélation de ce mystère peut aussi en reconnaître le reflet dans ces paroles. En tout cas, le contexte du Livre de la Genèse nous permet de voir dans la création de l'homme le premier commencement du don que Dieu fait de lui-même pour le salut dans la mesure où il a accordé à l'homme d'être à «l'image» et à «la ressemblance» de lui-même.

 

13. Il semble donc que les paroles prononcées par Jésus dans le discours d'adieu doivent aussi être relues en rapport avec ce «commencement» si lointain, mais fondamental, que nous connaissons par le Livre de la Genèse. «Si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous; mais si je pars, je vous l'enverrai». En présentant son «départ» comme une condition de la «venue» du Paraclet, le Christ fait le lien entre le nouveau commencement du don que Dieu fait de lui-même par l'Esprit Saint pour le salut, et le mystère de la Rédemption. C'est là un nouveau commencement, avant tout parce que, entre le premier commencement et toute l'histoire de l'homme, s'est interposé, à partir de la chute originelle, le péché qui s'oppose à la présence de l'Esprit de Dieu dans la création et qui, surtout, s'oppose au don que Dieu fait de lui-même à l'homme pour son salut. Saint Paul écrit que, précisément à cause du péché, «la création... fut assujettie à la vanité..., jusqu'à ce jour elle gémit en travail d'enfantement» et «elle attend avec impatience la révélation des fils de Dieu»43.

 

14. C'est pourquoi Jésus dit au Cénacle: «C'est votre intérêt que je parte»; «si je pars, je vous l'enverrai»44. Le «départ» du Christ par la Croix a la puissance de la Rédemption - et cela signifie aussi une nouvelle présence de l'Esprit de Dieu dans la création: le nouveau commencement du don que Dieu fait de lui-même à l'homme dans l'Esprit Saint. «Et la preuve que vous êtes des fils, c'est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils qui crie: Abba! Père!», écrit l'Apôtre Paul dans la Lettre aux Galates45. L'Esprit Saint est l'Esprit du Père, comme en témoignent les paroles du discours d'adieu au Cénacle. Il est, en même temps, l'Esprit du Fils: il est l'Esprit de Jésus Christ, comme en témoigneront les Apôtres et particulièrement Paul de Tarse46. Par l'envoi de cet Esprit «dans nos cœurs», commence à s'accomplir ce que «la création attend avec impatience», comme nous le lisons dans la Lettre aux Romains.

 

L'Esprit Saint vient au prix du «départ» du Christ. Si ce «départ» a provoqué la tristesse des Apôtres47, qui devait atteindre son point culminant dans la passion et dans la mort du Vendredi Saint, à son tour «cette tristesse se changera en joie» 48. Le Christ, en effet, marquera son «départ» rédempteur par la gloire de la résurrection et de l'ascension vers le Père. Ainsi donc, la tristesse à travers laquelle transparaît la joie, voilà ce qu'éprouvent les Apôtres dans la perspective du «départ» de leur Maître, un départ qui a lieu «dans leur intérêt», parce que, grâce à lui, viendra un autre «Paraclet»49. Au prix de la Croix où se réalise la Rédemption, par la puissance de tout le mystère pascal de Jésus Christ, l'Esprit Saint vient demeurer dès le jour de la Pentecôte avec les Apôtres, pour demeurer avec l'Église et dans l'Église et, grâce à elle, dans le monde.

 

De cette manière s'accomplit définitivement ce nouveau commencement du don que le Dieu un et trine fait de lui-même dans l'Esprit Saint par Jésus Christ, Rédempteur de l'homme et du monde.

 

             1. Péché, justice et jugement

 

27. Jésus, pendant son discours au Cénacle, annonce la venue de l'Esprit Saint «au prix» de son propre départ, et il promet: «Si je pars, je vous l'enverrai». Mais, dans ce même contexte, il ajoute: «Et lui, une fois venu, il établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement»102. Le Paraclet lui-même, l'Esprit de vérité, promis comme celui qui «enseignera» et «rappellera», comme celui qui «rendra témoignage», comme celui qui «introduira dans la vérité tout entière», est maintenant annoncé, par les paroles que nous venons de citer, comme celui qui «établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement».

Le contexte semble déjà significatif. Jésus relie cette annonce de la venue de l'Esprit Saint aux paroles qui indiquent son «départ» par la Croix et qui en soulignent même la nécessité: «C'est votre intérêt que je parte; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous»103.

 

Mais ce qui compte le plus, c'est l'explication que Jésus ajoute lui-même à ces trois mots: péché, justice, jugement. Il dit en effet: «Il établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement: de péché, parce qu'ils ne croient pas en moi; de justice, parce que je vais vers le Père et que vous ne me verrez plus; de jugement, parce que le Prince de ce monde est jugé»104. Dans la pensée de Jésus, le péché, la justice, le jugement ont un sens bien précis, différent de celui que l'on aurait peut-être tendance à attribuer à ces mots indépendamment de l'explication donnée par celui qui parle. Cette explication indique aussi comment il faut comprendre l'expression «établir la culpabilité du monde», qui est propre à l'action de l'Esprit Saint. Et ici, le sens de chaque mot importe, et aussi le fait que Jésus les a unis entre eux dans la même phrase.

 

«Le péché», dans ce texte, signifie l'incrédulité que Jésus rencontre parmi les «siens», à commencer par ses concitoyens de Nazareth. Il signifie le refus de sa mission, qui amènera les hommes à le condamner à mort. Lorsque, ensuite, il parle de «la justice», Jésus semble envisager la justice définitive que lui rendra le Père en l'entourant de la gloire de la résurrection et de l'ascension au ciel: «Je m'en vais vers le Père». A son tour, dans le contexte du «péché» et de la «justice» ainsi entendus, «le jugement» signifie que l'Esprit de vérité montrera, dans la condamnation de Jésus à la mort en Croix, le péché du «monde». Toutefois, le Christ n'est pas venu dans le monde uniquement pour le juger et le condamner: il est venu pour le sauver105. La mise en lumière du péché et de la justice a pour but le salut du monde, le salut des hommes. C'est bien cette vérité qui semble soulignée par l'affirmation que «le jugement» concerne seulement le «Prince de ce monde», à savoir Satan, celui qui, depuis le commencement, exploite l'œuvre de la création contre le salut, contre l'alliance et l'union de l'homme avec Dieu: il est «déjà jugé» depuis le commencement. Si l'Esprit-Paraclet doit confondre le monde en fait de jugement, c'est pour continuer en lui l'œuvre salvatrice du Christ.

 

28. Nous voulons ici concentrer principalement notre attention sur cette mission de «manifester le péché du monde», qui est celle de l'Esprit Saint, tout en respectant les paroles de Jésus dans l'ensemble du contexte. L'Esprit Saint, qui reçoit du Fils l'œuvre de la Rédemption du monde, assume par là même la tâche de «manifester le péché» pour sauver. Cela se fait en référence permanente à la «justice», c'est-à-dire au salut définitif en Dieu, à l'accomplissement de l'économie qui a pour centre le Christ crucifié et glorifié. Et cette économie salvifique de Dieu soustrait l'homme, en un sens, au «jugement», c'est-à-dire à la damnation, qui a frappé le péché de Satan, le «Prince de ce monde», celui qui, à cause de son péché, est devenu «régisseur de ce monde de ténèbres»106. Et voici qu'en vertu de cette référence au «jugement», s'ouvrent de vastes horizons pour la compréhension du «péché», et aussi de la «justice». Montrant le péché, sur l'arrière-plan de la Croix du Christ, dans l'économie du salut (on pourrait dire «le péché sauvé»), l'Esprit Saint fait comprendre que sa mission est de mettre en évidence même le péché qui a déjà été jugé définitivement («le péché condamné»).

 

29. Toutes les paroles prononcées par le Rédempteur au Cénacle, à la veille de sa passion, s'inscrivent dans le temps de l'Église, à commencer par celles qui concernent l'Esprit Saint comme Paraclet et comme Esprit de vérité. Elles s'y inscrivent d'une manière toujours nouvelle, à chaque génération, à chaque époque. Cela est confirmé, pour ce qui est de notre siècle, par l'ensemble de l'enseignement du Concile Vatican II, spécialement dans la Constitution pastorale «Gaudium et spes». De nombreux passages de ce document montrent clairement que le Concile, s'ouvrant à la lumière de l'Esprit de vérité, se présente comme le dépositaire authentique de tout ce qui a été annoncé et promis par le Christ aux Apôtres et à l'Église dans le discours d'adieu, en particulier de l'annonce selon laquelle l'Esprit Saint doit «établir la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement».

 

C'est ce qu'indique déjà le texte dans lequel le Concile explique ce qu'il entend par «monde»: «Le monde qu'il (le Concile lui-même) a ainsi en vue est celui des hommes, la famille humaine tout entière avec l'univers au sein duquel elle vit. C'est le théâtre où se joue l'histoire du genre humain, le monde marqué par l'effort de l'homme, ses défaites et ses victoires. Pour la foi des chrétiens, ce monde a été fondé et demeure conservé par l'amour du Créateur; il est tombé, certes, sous l'esclavage du péché, mais le Christ, par la Croix et la Résurrection, a brisé le pouvoir du Malin et l'a libéré pour qu'il soit transformé selon le dessein de Dieu et qu'il parvienne ainsi à son accomplissement»107. Il faut, en référence à ce texte très synthétique, lire les autres passages de la Constitution qui cherchent à montrer, avec tout le réalisme de la foi, la situation du péché dans le monde contemporain et aussi à expliquer son essence, en partant de divers points de vue108.

 

Lorsque Jésus, la veille de Pâques, parle de l'Esprit Saint comme de celui qui «mettra en lumière le péché du monde», il faut, d'un côté, donner à cette affirmation la portée la plus grande possible, en ce sens qu'elle comprend tout l'ensemble des péchés qui marquent l'histoire de l'humanité. Mais, d'un autre côté, quand Jésus explique que ce péché consiste dans le fait qu'«ils ne croient pas en lui», la portée de l'affirmation semble se restreindre à ceux qui ont refusé de reconnaître la mission messianique du Fils de l'homme, le condamnant à la mort sur la Croix. Il est cependant difficile de ne pas remarquer que cette portée plus «réduite» du sens du péché, située avec précision dans l'histoire, s'élargit jusqu'à prendre une ampleur universelle en raison de l'universalité de la Rédemption accomplie par la Croix. La révélation du mystère de la Rédemption ouvre la voie à une intelligence de ce mystère selon laquelle tout péché, quel que soit le lieu ou le temps où il a été commis, est mis en rapport avec la Croix du Christ - et donc aussi, indirectement, avec le péché de ceux qui «n'ont pas cru en lui» et ont condamné Jésus Christ à la mort sur la Croix.

 

40 Jn 16, 14.

41 Gn 1, 1-2

42 Gn 1, 26.

            43 Rm 8, 19-22.

            44 Jn 16, 7.

            45 Ga 4, 6; cf. Rm 8, 15.

            46 Cf. Ga 4, 6; Pb 1, 19; Rm 8, 11.

            47 Cf. Jn 16, 6.

           48 Cf. Jn 16, 20.

           49 Cf. Jn 16, 7.

          102 Jn 16, 7-8

          103 Jn 16, 7

          104 Jn 16, 8-11

          105 Cf. Jn 3, 17; 12, 47

          106 Cf. Ep 6, 12

          107 Const. past. sur l'Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, n. 2.

          108 Cf. ibid, nn. 10, 13, 27, 37, 63, 73, 79, 80.

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