Méditations sur les enseignements bibliques pour le quotidien d'aujourd'hui
4 Mars 2009 Pensées
|
Autrui
Autrui, pièce maîtresse de mon univers.
– Michel Tournier (1924- ), Vendredi ou les limbes du Pacifique
|
Avez-vous déjà pensé passer le reste de votre existence seul sur une île paradisiaque mais déserte? Certes, l’idée est séduisante et si cela se produisait effectivement, pour peu que vous appréciez la solitude, les premiers jours, semaines voire même mois vous seraient agréables. Mais, inévitablement, la solitude finirait par vous peser et ce qui semblait un paradis se transformerait peu à peu en un enfer, doré mais un enfer tout de même. Être de relations, la vie d’un homme n’a de sens que lorsqu’il vit avec d’autres. Reconnaître ce besoin, cette dépendance, de l’autre, des autres, est essentiel pour maintenir des liens harmonieux.
L’autre, pour le spirituel, est le moyen immédiat mis à sa disposition pour accéder à la vie éternelle. Comment se conformer au précepte d’amour de Dieu : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit… et ton prochain comme toi-même », s’il n’y a pas un autre visible pour authentifier l’amour du Dieu invisible qu’il prétend avoir ? En effet, il est relativement moins difficile ou exigeant d’aimer un Dieu silencieux malgré que certains trouvent le moyen de le blâmer pour leur infortune ou même pour aussi peu que la mauvaise température. « Que nul, s'il est éprouvé, ne dise: "C'est Dieu qui m'éprouve." Dieu en effet n'éprouve pas le mal, il n'éprouve non plus personne. Mais chacun est éprouvé par sa propre convoitise qui l'attire et le leurre. Puis la convoitise, ayant conçu, donne naissance au péché, et le péché, parvenu à son terme, enfante la mort » (Jc 1, 13-15). L’autre que nous voyons met beaucoup plus directement à l’épreuve notre amour que ce soit lorsqu’il nous contrarie ou encore tout simplement lorsque son existence indigente nous interpelle au don désintéressé de nous-mêmes de sorte que l’apôtre Jean fait de celui-ci la preuve de l’amour véritable que nous avons pour Dieu : « Si quelqu'un dit: "J'aime Dieu" et qu'il déteste son frère, c'est un menteur: celui qui n'aime pas son frère, qu'il voit, ne saurait aimer le Dieu qu'il ne voit pas. » (1 Jn 4, 20).