Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Méditations sur les enseignements bibliques pour le quotidien d'aujourd'hui

Simplicité volontaire

 

Simplicité volontaire

 

Ne prendre de ce monde que ce qu'il faut pour achever notre route.

 

 Alfred de Rilvaux

 

 

Abstenez-vous de désirer ce que vous n'avez pas, et vous ruinerez l'économie.

 

 Marcel Proust  (1871-1922)

 

 

 

Nous vivons sur une planète aux capacités limitées. Le modèle économique dominant, le capitalisme, repose sur l’hypothèse d’une croissance infinie de la consommation. Annonce-t-on une croissance presque nulle ou, pire encore, régresse-t-elle et c’est le drame ! Si l’enrichissement personnel à la base du capitalisme se veut un excellent stimulant pour encourager une plus grande exploitation de ressources disponibles laissées pour compte, arrive-t-on aux limites de celles-ci que l’enrichissement des uns se fait nécessairement au détriment des autres et celui de la génération actuelle au détriment des générations futures en raison de la détérioration de l’environnement causée par la surexploitation de notre habitat.

 

Pour contrer ce phénomène, de plus en plus de gens adhèrent à des mouvements de simplicité volontaire. Le site www.wikipedia.org nous en fournit la description suivante : La simplicité volontaire ou sobriété heureuse est un mode de vie consistant à réduire volontairement sa consommation, ainsi que les impacts de cette dernière, en vue de mener une vie davantage centrée sur des valeurs "essentielles". Cet engagement personnel et/ou associatif découle de multiples motivations qui vont habituellement accorder la priorité aux valeurs familiales, communautaires et/ou écologiques.

 

La simplicité volontaire consiste à rechercher le bonheur dans l'appréciation pour améliorer la véritable « qualité de vie ». Elle s'oppose donc au discours économique et social dominant au XXIe siècle qui tend à considérer tout progrès technique et développement de la consommation comme des améliorations de la qualité de la vie. La philosophie de vie est née de l'opinion que la consommation n'apporte pas le bonheur et accroît l'aliénation.

 

Plus précisément, plusieurs motivations sont possibles.

 

Éthique : Certains tenants de la simplicité volontaire prônent un retour à de « vraies richesses », opposées aux richesses matérielles. Ces vraies richesses peuvent être en particulier la vie sociale et familiale, l'épanouissement personnel, la vie spirituelle, l'osmose avec la nature, etc.

Dans d'autres cas, elle offre une autre voie vers le bonheur. Précurseur du concept, Henri Bergson a écrit « Ce qui est beau, ce n'est pas d'être privé, ni même de se priver, c'est de ne pas sentir la privation ». D'ailleurs, le philosophe français a écrit dans le dernier chapitre de son dernier livre Les Deux Sources de la morale et de la religion un diagnostic de la surconsommation : « Jamais, en effet, les satisfactions que des inventions nouvelles apportent à d'anciens besoins ne déterminent l'humanité à en rester là ; des besoins nouveaux surgissent, aussi impérieux, de plus en plus nombreux. On a vu la course au bien-être aller en s'accélérant, sur une piste où des foules de plus en plus compactes se précipitaient. Aujourd'hui, c'est une ruée » (1932). La simplicité volontaire se veut justement comme une solution à cet engouement pour les produits de consommation que prévoit Bergson. En précurseur de ce courant, il précise les conditions de réalisation de cet idéal comme suit : « l'avenir de l'humanité reste indéterminé, parce qu'il dépend d'elle ». Il faudrait donc miser, selon Bergson, sur une éducation qui permette à la fois de comprendre l'impact de notre consommation grâce aux connaissances scientifiques et de développer notre goût pour des objets qui favorisent véritablement notre accomplissement personnel.

 

Économique : Une consommation toujours accrue conduit à des besoins financiers également accrus et donc à un surcroît de travail pour se les procurer, ce qui peut générer, à l'inverse, du déplaisir chez certaines personnes (manque de temps pour soi, stress, mauvaise santé, dépendance à l'argent, etc.). Dans cette optique, la philosophie de simplicité volontaire peut s'appuyer sur la théorie du consommateur en microéconomie, les courbes d'indifférence marquant les différents arbitrages entre surplus de travail et surplus de consommation, ou entre le plaisir induit par la consommation et celui induit par le temps libre (

vie de famille, activités physiques, divertissements, etc.).

 

Certains tenants de la simplicité volontaire estiment que, dans la société de consommation, on consacre son temps à gagner toujours plus d'argent pour satisfaire des besoins matériels de plus en plus nombreux qui pourtant ne seront jamais satisfaits en raison de leur renouvellement incessant, d'autant que ces besoins sont incités par la publicité notamment. Dans cette perspective, la quête du bonheur par la consommation est donc une course sans fin dont ils préfèrent sortir.

 

Écologique : La simplicité volontaire constate que la consommation et la croissance ont des impacts négatifs sur l'environnement et ils craignent l'imminence de la crise écologique. Elle prône donc la limitation de la consommation de biens matériels afin de ralentir la destruction des ressources naturelles.

 

En reprenant l'exemple typique du refus de posséder une voiture, l'argent économisé peut être réinvesti dans un vélo électrique, des billets de trains ou la location de véhicules quand cela est indispensable. Et ainsi avoir les mêmes avantages qu'avec la possession personnelle d'un véhicule de tourisme à un prix finalement identique et avec un impact écologique globalement moindre.

 

Autres motivations : Quoi qu'il en soit, au-delà de ces jugements moraux, le résultat est le même : une certaine modération profitable au bien-être commun.

 

À ces motivations que fournit le site Wikipedia j’en ajouterais une dernière mais non la moindre :

Spirituelle : L’amour étant au centre de la spiritualité, œuvrer au bien commun, comme l’y incite la doctrine sociale de l’Église catholique, constitue la manière privilégiée de mettre cet amour en pratique et la simplicité volontaire se veut un moyen des plus pertinents de le faire sur une planète où la surconsommation menace la survie même des espèces vivantes.   

 

Multiples sont les passages bibliques qui incitent le croyant à ne pas accumuler de biens matériels, à vivre simplement, à ne satisfaire que ses besoins essentiels immédiats : « Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le ver consument, où les voleurs percent et cambriolent. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel » (Mt 6, 19-20); aux disciples qu’il envoie en mission, Jésus recommande : « N'emportez pas de bourse, pas de besace, pas de sandales, et ne saluez personne en chemin. En quelque maison que vous entriez, dites d'abord: Paix à cette maison! Et s'il y a là un fils de paix, votre paix ira reposer sur lui; sinon, elle vous reviendra. Demeurez dans cette maison-là, mangeant et buvant ce qu'il y aura chez eux; car l'ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison. Et en toute ville où vous entrez et où l'on vous accueille, mangez ce qu'on vous sert » (Mt 10, 4-8); l’apôtre Paul incite à ne pas faire de la consommation une fin « que ceux qui achètent soient comme s'ils ne possédaient pas; ceux qui usent de ce monde, comme s'ils n'en usaient pas vraiment. Car elle passe, la figure de ce monde. » (1 Co 7, 30-31); apôtre qui propose la vie conforme à la volonté de Dieu comme remède aux problèmes environnementaux qui affligent la planète : « J'estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous. Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu: si elle fut assujettie à la vanité, -- non qu'elle l'eût voulu, mais à cause de celui qui l'y a soumise, -- c'est avec l'espérance d'être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. » (Rm 8, 18-22).

Ces derniers propos de Paul étaient vraiment prophétiques puisqu’il a fallu attendre jusqu’à l’économiste Thorstein Veblen (1857-1929) pour que le phénomène de la consommation soit assimilé au besoin de reconnaissance (à la vanité) plutôt qu’à la satisfaction de besoins essentiels et que cela a pris jusqu’à la fin du vingtième siècle pour que l’on constate l’ampleur des dommages causés à l’environnement et que l’on commence à s’inquiéter de l’asservissement que l’homme impose à son habitat, et encore les grands de ce monde, les gouvernements, ne parviennent-ils pas à s’entendre entre eux sur les mesures à adopter pour contrer ce fléau. Qui restreint volontairement sa consommation ne change certes pas le visage de la planète mais effectue un pas dans la bonne direction qui, répété des millions voire des milliards de fois, fera une différence considérable pour les générations futures. De plus, Dieu qui est Amour, ne saurait laisser sans récompense un geste posé en vue du bien commun.

 

Article précédent Article suivant
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article