Méditations sur les enseignements bibliques pour le quotidien d'aujourd'hui
10 Janvier 2011 Pensées
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Pauvreté
The real tragedy of the poor is the poverty of their aspirations.
– Adam Smith (1723-1790)
Le vrai drame des pauvres est la pauvreté de leurs aspirations.
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Cette affirmation d’Adam Smith, quoique simpliste, renferme tout de même une vérité à savoir qu’il est impossible d’améliorer son statut si nous n’aspirons pas à quelque chose de meilleur. Toutefois, le fait d’avoir des ambitions, bien que préalable à une amélioration de sa condition, ne garantit pas pour autant que celle-ci survienne automatiquement. La pauvreté résulte bien plus de facteurs conjoncturels que de choix conscients ou inconscients de la personne. Qui veut aider les autres à se sortir de leur misère doit non seulement raviver leur espérance mais encore œuvrer à démanteler les structures de péché spécifiques qui entravent le plein épanouissement de ceux qu'elles oppriment de différentes manières (Jean-Paul II, Centisimus annus).
Le drame de la pauvreté spirituelle de notre temps est que, riche de biens terrestres, satisfait, l’homme moderne n’aspire pas à autre chose. L’Évangile de Marc nous donne le récit de quatre humbles pêcheurs qui ont répondu à l’appel de Jésus de le suivre : Simon Pierre, André, Jacques et Jean. Marc nous dit qu’ils eurent tous la même réaction : aussitôt, laissant tout, ils le suivirent (Mc 1, 14-20). Les Évangiles ne nous disent pas combien ont reçu le même appel sans y donner suite mais nous parlent d’un jeune homme riche qui s’est récusé malgré son désir d’accéder à la vie éternelle : « Jésus lui dit: " Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi! " À cette parole, le jeune homme s'en alla tout triste, car il avait de grands biens ». Et Jésus de conclure : « En vérité, je vous le déclare, un riche entrera difficilement dans le Royaume des cieux. Je vous le répète, il est plus facile à un chameau de passer par un trou d'aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu » (Mt 19, 21-24).
Et nous, en quoi plaçons-nous nos aspirations ? Dans les richesses éphémères de ce monde qui passe (1 Co 7, 31) ou dans la place préparée pour nous auprès du Père par Jésus (Jn 14, 2) pour l’éternité ? Car il y a un choix à faire dans l’ordre du désir : « Nul serviteur ne peut servir deux maîtres: ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent » (Lc 16, 13). Comme le dit la sagesse populaire : on ne peut courir deux lièvres à la fois. Sommes-nous prêts à donner préséance à l’Amour dans nos aspirations, dès maintenant, sans délai, comme les apôtres qui ont laissé là leurs filets aussitôt l’appel de Jésus entendu ? Les choses de ce monde nous accaparent-elles au point où nous n’arrivons pas à entendre d’appel, où nos aspirations spirituelles sont pauvres sinon pratiquement réduites à néant ? On ne peut donner que raison à Adam Smith sur ce point : le drame véritable est celui de la pauvreté des aspirations car cela élimine toute possibilité d’accéder à quelque chose de meilleur que ce soit dans l’ordre matériel ou spirituel.