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Méditations sur les enseignements bibliques pour le quotidien d'aujourd'hui

Volonté et foi

 

Volonté et foi

 

C'est une grande partie du progrès que de vouloir progresser.

C'est une grande part de la bonté que vouloir être bon.

 

 Sénèque

 

 

Tiré de Traduction et commentaire de la lettre 61 par Pascal Boulhol :

 

Comme l'a montré A.-J. Voelke (L'idée de volonté dans le stoïcisme, 1973, p. 161-190), Sénèque a considérablement approfondi et enrichi la doctrine stoïcienne de la volonté. Pour lui, la volonté est la condition suffisante de la perfection morale : en nous assignant comme but (propositum) le "souverain bien" - que Sénèque définit tantôt comme la liberté (Epist. 51, 9), tantôt comme la vie conforme à la nature (Epist. 66, 41), tantôt comme la vertu et l'action droite (Epist. 85, 32) -, la volonté "détermine d'emblée l'orientation de toute notre vie morale" (Voelke, p. 168). À son état naissant, elle n'est qu'un élan (impetus, gr. ρμ) ; pour se muer en disposition durable (habitus), autrement dit pour persévérer, il lui faut une tension (intentio, grec τνος) que l'exercice produira ou entretiendra (voir entre autres la fin de la Lettre 71). La volonté tendue avec persévérance est toujours efficace. Elle nous achemine à notre but dans une démarche qu'on appelle le progrès moral (profectus, gr. προκοπ) et, à elle seule, elle nous fait parcourir la majeure partie du chemin qui nous sépare de ce but : "C'est une grande partie du progrès que de vouloir progresser." (Epist. 71, 36). Sénèque va plus loin encore en affirmant que la volonté nous fait déjà toucher au but : "C'est une grande part de la bonté que vouloir être bon." (Epist. 34, 3). "Que te faut-il pour être bon ? Le vouloir !", renchérit-il ailleurs (Epist. 80, 4). Chez lui, comme l'a noté P. Boyancé (Le stoïcisme à Rome, in: Actes du VIIe Congrès de l'Association G. Budé, Paris 1964, p. 254), "l'effort de la volonté ... tend à se substituer à l'intention droite de l'ancien stoïcisme". La vertu devient ainsi l'affaire de tous ; une fois la tension obtenue et maintenue, la volonté devient parfaitement souveraine et surmonte tout obstacle.

 

La foi est à l’ordre spirituel ce que la volonté est à l’ordre moral : par le désir qu’elle place dans le cœur de l’homme elle lui permet de posséder, même si ce n’est de manière imparfaite, l’objet de sa quête. L’apôtre Paul affirme que la foi rend juste (semblable à Dieu, le seul Juste) : Sachant que l'homme n'est pas justifié par la pratique de la loi, mais seulement par la foi en Jésus Christ, nous avons cru, nous aussi, au Christ Jésus, afin d'obtenir la justification par la foi au Christ et non par la pratique de la loi, puisque par la pratique de la loi personne ne sera justifié (Ga 2, 16). Ici ressort toute la supériorité de la foi sur la volonté : la volonté humaine est faillible et ne permettra jamais d’arriver à la perfection visée par l’observance de la loi alors que celui qui met sa foi en Dieu recevra de ce dernier la grâce nécessaire à son progrès et, s’il vient à chuter, la force de se relever par le pardon des fautes que Dieu ne saurait lui refuser dans sa miséricorde. La foi, si elle justifie, ne dispense pas du devoir d’accomplir le bien : La foi c'est regarder le Christ, s'en remettre au Christ, s'attacher au Christ, se conformer au Christ, à sa vie. Et la forme, la vie du Christ c'est l'amour ; donc croire c'est se conformer au Christ et entrer dans son amour. Paul sait que toute la Loi est présente et s'accomplit dans le double amour de Dieu et du prochain. Ainsi, toute la Loi est réalisée dans la communion avec le Christ, dans la foi qui crée la charité. Nous devenons justes en entrant en communion avec le Christ qui est l'amour (Benoît XVI, audience du 19 novembre 2008, la justification par la foi). Paul exprime ainsi dans son épître aux Galates cette nécessité pour le croyant d’aimer sans quoi sa foi ne serait pas sincère et demeurerait vaine : « Vous en effet, mes frères, vous avez été appelés à la liberté; seulement, que cette liberté ne se tourne pas en prétexte pour la chair; mais par la charité mettez-vous au service les uns des autres. Car une seule formule contient toute la Loi en sa plénitude: Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Ga 5, 13-14).

 

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